vendredi 21 août 2015

Autrefois, la laiterie (Mardi 13 avril 2010)

Dans mon village, autrefois, il était de tradition d'aller à la laiterie. C'était le travail des jeunes filles, elles commençaient vers l'âge de 13,14ans.
Cela coïncidait -selon la famille- avec l'âge de la Confirmation (Profession de foi chez les protestants).
Cette tâche consistait à aller jusqu'au centre du village, avec une sorte de carriole appelée "Milichkarich".
On allait dans à la laiterie" (d' Molkerei), et l'on versait  le lait contenu dans de grandes jarres ("a Milichkann") dans une machine à écrémer.
Une coopérative de Drulingen récupérait ensuite cette matière première et en faisait du beurre ou de la crème (le beurre de Drulingen existe encore aujourd'hui).

Le lait récupéré après écrémage était rapporté à la maison, où il était vendu, utilisé de façons diverses ou donné aux cochons.
Les jeunes filles ne rechignaient pas à ce travail:
c'était pour la plupart une détente après les tâches plus ardues de la journée et surtout, c'était  l'occasion de flirter, car les jeunes garçons, négligemment accoudés à leurs vélos, fumant leurs premières cigarettes, attendaient en bavardant que les demoiselles aient fini leur écrémage.

En principe, cette tâche n'aurait jamais dû m'échoir, dans la mesure où mes parents n'avaient pas de vaches, donc pas de lait. Mes grands-parents en revanche ont gardé un semblant de ferme multi-production pendant des années. Mais il y avait ma jeune tante pour aller à la laiterie (elle n'a que 8 ans de plus que  moi).
Je connaissais la laiterie pour y avoir accompagné ma tante et l'idée de devoir un jour la remplacer me terrorisait: il s'agissait d'abord de verser la ou les jarres pleines de lait, et la machine était haute, mais là je crois me souvenir que l'on bénéficiait d'une aide.
Ensuite, il s'agissait de récupérer le lait à la sortie: le flot de s'arrêtait évidemment pas. Il fallait donc, à un moment (et justement, à quel moment, là était ma question !) glisser sa jarre sous le robinet en poussant la jarre précédente.
Un jour ma grand-mère -femme bonne et juste mais avec une certaine idée de l'éducation !- exigea que j'aille à la laiterie. J'avais 12 ans, j'étais d'une extrême maladresse, et je n'avais aucune force dans les bras (ce qui n' pas changé). Je n'ai pas osé refuser, mais j'y suis allée avec la plus grande des appréhensions, certaine que je ne saurais pas faire.
Ça n'a pas raté: au moment de pousser la jarre précédente pour glisser la mienne sous le flot de lait, j'ai poussé trop fort et le lait s'est déversé par terre.
Heureusement une jeune fille se précipita à mon secours et rétablit le juste cours des choses.
Mais je revins mortifiée chez ma grand-mère, persuadée que tout le village saurait que j'étais incapable d'aller à la laiterie.
Ma grand-mère comprit-elle ma détresse ? Toujours est-il qu'on ne me demanda plus d'accomplir cette tâche. Si j'en fus soulagée, il m'en est resté malgré tout un soupçon de culpabilité.
Qui eût cru alors qu'un jour je confesserais ma maladresse sur un blog ?

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