lundi 27 avril 2020

Annick - In memoriam

Ma mémoire des anniversaires est  impressionnante, peut-être même inquiétante.
J'aurais préféré retenir d'autres choses, les anniversaires pouvant facilement être notés.
Mais on ne contrôle hélas que très peu sa mémoire. 7
Ce 27 avril, comme tous les ans, je pense à Annick,
Elle aurait aujourd'hui 42 ans, si elle avait vécu.
Cela fait 26 ans qu'elle est absente au monde.
Elle avait tout juste 16 ans, au début de l'été 1986.
Elle se réjouissait d'être acceptée en 1ère, elle avait l'avenir devant elle.
Un bel avenir, pensions-nous, espérions-nous.
Une nuit d'été, huit jeunes dans une voiture, un conducteur inexpérimenté, deux verres de trop, un arbre, un choc. L'avenir d'Annick s'est arrêté là, entre Pétersbach et Lohr.
L'arbre portait encore la cicatrice, la dernière fois que j'y suis passée.
Annick, ma belle petite cousine, n'a vécu que si peu d'années.
Elle n'a pas eu le temps de connaître l'ordinateur pour tous,  n'a pas eu de téléphone portable, n'a pas envoyé de SMS à sa mère, n'a pas eu de contacts Facebook, n'a jamais lu de blogs. Elle restera pour toujours d'un autre siècle.
Une pensée pour elle et pour ceux qui pensent encore à elle en ce jour.

(Texte du 27 avril 2012)


vendredi 6 mai 2016

Ma tante de Bretagne



Ma tante de Bretagne
Publié le 26 juillet 2010 par vieviablog
                                                                           
Elle vient de mourir, celle qui m'a fait rêver de la Bretagne, dans mon enfance.
Elle s'appelait Solange, c'était ma tante, l'une des cinq sœurs de ma mère.
Une femme originale, un peu fantasque, courageuse dans ses choix.
La trentaine passée, elle avait découvert le Finistère Nord, où elle était allée au départ pour soigner l'asthme de l'une de ses filles. Ensuite, elle était retournée tous les ans pendant une quinzaine d'années, dans ce Kerlouan devenant mythique pour toute la famille.
Elle avait annoncé assez tôt qu'elle irait vivre à Kerlouna la fin de sa vie.
En effet, vers la cinquantaine, elle partit vivre le reste de sa vie à Kerlouan, puis à Plounéour-Trez (en face de la baie de Goulven).
Deux de ses filles et une petite-fille firent le même choix qu'elle.
Elle vient de décéder dans cette région qu'elle aimait par-dessus tout (le 4 juillet 2010)

Je suis allée pour la première fois en Bretagne en 1984.
Depuis, j'y suis retournée presque tous les ans, et j'ai aimé chacun de mes séjours dans cette région.
J'aime l'odeur de l'océan.
J'aime le ciel si souvent lumineux.
J'aime le bruit du ressac.
J'aime la côte rocheuse.
J'aime le cri des mouettes.
Etrange comme je me sens bien dans cet environnement, moi qui suis pourtant née à 1000 km de là.
Je viens d'y louer une maison pour une petite semaine
La Bretagne, enfin !

vendredi 21 août 2015

Autrefois, la laiterie (Mardi 13 avril 2010)

Dans mon village, autrefois, il était de tradition d'aller à la laiterie. C'était le travail des jeunes filles, elles commençaient vers l'âge de 13,14ans.
Cela coïncidait -selon la famille- avec l'âge de la Confirmation (Profession de foi chez les protestants).
Cette tâche consistait à aller jusqu'au centre du village, avec une sorte de carriole appelée "Milichkarich".
On allait dans à la laiterie" (d' Molkerei), et l'on versait  le lait contenu dans de grandes jarres ("a Milichkann") dans une machine à écrémer.
Une coopérative de Drulingen récupérait ensuite cette matière première et en faisait du beurre ou de la crème (le beurre de Drulingen existe encore aujourd'hui).

Le lait récupéré après écrémage était rapporté à la maison, où il était vendu, utilisé de façons diverses ou donné aux cochons.
Les jeunes filles ne rechignaient pas à ce travail:
c'était pour la plupart une détente après les tâches plus ardues de la journée et surtout, c'était  l'occasion de flirter, car les jeunes garçons, négligemment accoudés à leurs vélos, fumant leurs premières cigarettes, attendaient en bavardant que les demoiselles aient fini leur écrémage.

En principe, cette tâche n'aurait jamais dû m'échoir, dans la mesure où mes parents n'avaient pas de vaches, donc pas de lait. Mes grands-parents en revanche ont gardé un semblant de ferme multi-production pendant des années. Mais il y avait ma jeune tante pour aller à la laiterie (elle n'a que 8 ans de plus que  moi).
Je connaissais la laiterie pour y avoir accompagné ma tante et l'idée de devoir un jour la remplacer me terrorisait: il s'agissait d'abord de verser la ou les jarres pleines de lait, et la machine était haute, mais là je crois me souvenir que l'on bénéficiait d'une aide.
Ensuite, il s'agissait de récupérer le lait à la sortie: le flot de s'arrêtait évidemment pas. Il fallait donc, à un moment (et justement, à quel moment, là était ma question !) glisser sa jarre sous le robinet en poussant la jarre précédente.
Un jour ma grand-mère -femme bonne et juste mais avec une certaine idée de l'éducation !- exigea que j'aille à la laiterie. J'avais 12 ans, j'étais d'une extrême maladresse, et je n'avais aucune force dans les bras (ce qui n' pas changé). Je n'ai pas osé refuser, mais j'y suis allée avec la plus grande des appréhensions, certaine que je ne saurais pas faire.
Ça n'a pas raté: au moment de pousser la jarre précédente pour glisser la mienne sous le flot de lait, j'ai poussé trop fort et le lait s'est déversé par terre.
Heureusement une jeune fille se précipita à mon secours et rétablit le juste cours des choses.
Mais je revins mortifiée chez ma grand-mère, persuadée que tout le village saurait que j'étais incapable d'aller à la laiterie.
Ma grand-mère comprit-elle ma détresse ? Toujours est-il qu'on ne me demanda plus d'accomplir cette tâche. Si j'en fus soulagée, il m'en est resté malgré tout un soupçon de culpabilité.
Qui eût cru alors qu'un jour je confesserais ma maladresse sur un blog ?

Les printemps d'antan (Avril 2010)




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Autrefois, dans une époque révolue, le printemps était annoncé par la petite voisine, Julie.
Dès les beaux jours, on la voyait s'activer.
Elle sortait une table, une petite chaise, une dînette, et commençait à laver ustensiles et jouets.
Elle entrait, sortait, courait, touillait, découpait...Un vrai tourbillon.
Très vite les autres enfants des maisons alentours sortaient aussi, et c'était un plaisir de les voir inventer des jeux de toutes sortes.
Longtemps, le jeu préféré fut le jeu "des métiers", qui pouvait aussi se jouer à l'intérieur (même notre chambre à coucher était mobilisée pour ce jeu générant un sacré bazar ! Je me demande encore comment j'ai pu trouver l'énergie de tout ranger ensuite).
Ma fille a constaté ces jours avec amusement que finalement ils étaient tous plus ou moins en train de devenir ce qu'ils étaient déjà, lors de ce jeu des métiers.
Elle était toujours l'institutrice ou parfois la libraire, et il y a gros à parier qu'elle fera sa vie dans les livres.
Julie était vendeuse et créatrice, la voilà créatrice de bijoux, se lançant dans la vente de ses créations.
Valentin vendait les jeux vidéos, et termine actuellement un DUT en informatique.
Pour Coline, on ne sait pas encore. C'était plus flou.
François aussi tenait le rayon jeux vidéos. On ne sait encore vers quoi il va se diriger, après son bac.
Ces jeux-là les ont sûrement construits autant que l'école et la pédagogie.
Je suis heureuse qu'il les aient eus.

Nouvel escalier, nouvelle vie ? (Vendredi 9 avril 2010)


Ça y est, c'est fait ! Notre escalier est posé !
Depuis les années qu'on en parlait !
Au départ, nous ne nous étions même pas posé la question, nous avions acheté une maison "clé en mains", (pour 560 000 francs, hors terrain, à l'époque, mais décoration intérieure comprise, ce qui nous semblait préférable, n'étant guère efficaces en bricolage et n'ayant pas une nombreuse famille prête à aider) : l'escalier était là, on nous y a posé de la moquette, point.
Cette moquette, de piètre qualité évidemment, s'est délitée bien vite et au bout de 7 ans nous l'avons arrachée, grattée minutieusement et remplacée par une autre, l'argument étant qu'une moquette était plus silencieuse et moins dangereuse pour les enfants (L. avait à l'époque 5 ans, F.  2 ans à peine, et j'ai toujours craint qu'ils ne se fassent mal dans l'escalier, d'ailleurs c'est arrivé un 1er janvier où nous nous étions couchés à 6 heures du matin et où notre fils s'est levé à moitié groggy à 9 heures, pour débarouler et s'assommer !)

Que de fois l'ai-je monté et descendu, cet escalier !
En pantoufles, en baskets, en chaussures de dame, en bottes,  en chaussettes,  pieds nus.  
Jamais en escarpins en revanche, je n'en ai jamais eu.
En portant un bébé, un chat, le plus souvent le cartable, le linge on un livre.
Les enfants y ont joué au toboggan (L. avait trouvé cette idée, en y posant un matelas sur lequel glisser, l'horreur, si ma mère avait vu ça !)
Sur l'une des marches tournantes, depuis des années, une tache brune... laissée par notre Poussinette adorée à laquelle nous pardonnions tout, même de n'être pas parfaitement propre.
Finie cette époque des enfants petits.
Pas encore arrivée l'époque (éventuelle) des petits-enfants.
Nous voilà donc avec un bel escalier tout neuf et "en dur".
Nous avons cependant choisi un revêtement légèrement strié, pour limiter le risque de glissades incontrôlées.
Nouvel escalier pour nouvelle tranche de vie ?


lundi 17 août 2015

Le tonneau des Danaïdes - Avril 2010


Combien de fois ai-je entendu la légende familiale sur la première visite de ma mère, catholique du bord du Rhin, chez ses futurs beaux-parents, paysans protestants d'Alsace Bossue ?
Ma grand-mère était une femme courageuse et intègre, mais assez rigide aussi.
Elle avait eu des projets de mariage autres pour son fils: une fille des villages alentours, grande et solide, pas cette toute petite femme à la langue bien pendue.
Elle la prit à part dans la cuisine, et lui dit: "Montre-moi comment tu repasses
Il faut ajouter que ma grand-mère était connue pour être une excellente repasseuse: elle poussait le soin jusqu'à rigidifier les cols des chemises que mon père emportait en déplacement (sur des chantiers de voierie, où il n'était qu"ouvrier !)
Je ne sais pas exactement comme ma mère passa l'épreuve, mais des années plus tard ma grand-mère conluait l'histoire en disant "Et aujourd'hui ta mère repasse mieux que moi !"
Est-ce en raison de cette mythologie familiale que je suis devenue une repasseuse si minutieuse ?
Toujours est-il que je ne conçois pas de ranger le linge sans le repasser et que je passe pas mal de temps avec ma centrale à vapeur (quel progrès depuis les fers  en fonte qu'il fallait faire chauffer sur le poële !)
Mon objectif est parfois de n'avoir plus rien à repasser, rien dans les bacs, rien qui sèche.
Bien sûr, cela ne peut pas durer longtemps.
Le linge c'est comme le tonneau des Danaïdes: ça se remplit à mesure que ça se vide !
Aujourd'hui,je p eux y arriver ! Je vais y arriver !

Monsieur Mey - Avril 2010



A Lohr, dans le village de mon enfance, nous n’allions pas « faire les courses », terme totalement inconnu alors, même en alsacien.  Nous n’allions pas au supermarché, même pas à l’épicerie. Nous allions « chez Monsieur Mey ».
Monsieur Mey –Madame aussi, mais elle était moins présente que lui- tenait une « épicerie-mercerie- tabac- bazar » dans notre village: c’est ce qui était écrit sur la façade.
On y trouvait à peu près tout ce qui était nécessaire à la vie, et même le superflu.
Tout y était bien organisé et aujourd’hui encore je pourrais reconstituer de mémoire les différents rayons, comme la plupart des gens de ma génération, je crois : à l’entrée un peu de papeterie et les cigarettes, à portée de main de M.Mey derrière son comptoir. J’y achetais les Gauloises sans filtre pour mon père : Monsieur Mey les prenait au-dessus de sa tête, celles-là.
Un peu plus loin le rayon frais, quelques fromages, de la charcuterie et d’autres produits nécessitant un réfrigérateur. Plus loin les conserves et les produits d’entretien.
A gauche, la mercerie et des produits parfois étranges, tels que les « strissel », les bouquets de fleurs artificielles que l’on faisait accrocher dans le cadre réservé aux bans publiés, lorsque l’on appréciait les futurs mariés.
Monsieur Mey était toujours là, dans sa blouse bleue, un crayon de papier coincé derrière l’oreille. Au début il faisait les additions à la main, avant d’avoir une sorte de calculette électrique.
C’était un grand homme, très mince, très brun, aux épais sourcils, très souriant.
Il parlait un alsacien différent du nôtre, plus chic, aux voyelles moins traînantes. Un homme de Saverne, de la ville, un peu intimidant.

La famille Mey vivait avec nous, comme nous, mais pourtant nous les voyions comme différents. Ils n'allaient pas à la même église que nous,  celle qui se trouvait immédiatement à côté de leur épicerie:  ils étaient pratiquement les seuls catholiques dans un village protestant
Et parfois, ils faisaient des choses étranges: le jour du baptême de leur deuxième fils, nous fûmes ébahis de trouver des pièces de monnaie parmi les dragées jetées aux enfants sur la pletite place devant l'épicerie ! Personne n'avait jamais vu une chose pareille !

Monsieur Mey savait tout ce qui se passait dans le village. Que de confidences a-t-il certainement recueillies ! Il savait quels couples allaient mal, quelles familles étaient fâchées, quels jeunes flirtaient…
Il savait quand les jeunes filles commençaient à acheter des protections périodiques… (Je me souviens qu’elles étaient en-bas, dans un coin… Je fus toute rouge de confusion lorsque j’ai dû aller en acheter un soir, en urgence, et lui demander où cela se trouvait…)
Il ne manquait pas d’humour, nous mettait en boîte, nous les jeunes.
Je me souviens de moments de fous rires quand j’allais faire les courses avec Simone. Tu te souviens, Simone, de la fois où il n’avait mis que onze œufs dans la boîte à œufs et te soupçonnait d’en avoir enlevé en pour lui faire une farce ?
Car oui, nous faisions remplir alors des boîtes à oeufs en plastique, sans penser à l’empreinte carbone, dont personne ne parlait à cette époque. De la même façon, nous faisions remplir nos flacons de Maggi : en rentrant avec notre flacon, nous léchions ce qui avait coulé sur le côté… Plaisirs de notre enfance !
En période scolaire, M. Mey ouvrait vers 13 heures.
Depuis la cour de l’école, nous entendions le bruit de volet roulant et beaucoup se précipitaient : avec  20 centimes nous pouvions nous offrir  le paradis, quatre rouleaux de bonbons acidulés ou deux malabars.
C’était le bonheur et nous ne le savions pas.
Monsieur Mey a subi plus tard la désertion de son magasin, avec l’ouverture des premiers supermarchés à Sarre-Union (Migros) et Saverne.
Il est mort depuis longtemps, mais reste présent dans tant de mémoires.
Monsieur Mey, vous ne pouviez vous douter qu’un jour vous seriez sur Internet !
Je ne vous garantis pas la célébrité, mais néanmoins une façon d’exister un peu encore, Monsieur Mey .